Jour 62 – 13° jour d’un chemin avec Marie

Deuxième Mystère joyeux : la Visitation

Fruit : la charité fraternelle

« La charité » serait un vieux mot, d’un autre âge. Il a même une connotation péjorative : « faire la charité ». On a entendu, même dans l’Église, des formules du genre : « Faut arrêter de faire la charité ». Cette expression résonne des « dames patronnesses » qui s’occupaient de « leurs » pauvres. On perçoit ce que cela avait de condescendant. Faut-il rejeter la charité en même temps que la condescendance ? Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? Que l’Esprit nous éclaire.

1. Signe de croix

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen.

2. Silence

(Je me recueille en marquant un temps de silence où je me mets en présence de Dieu qui est présence.)

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Première lettre de Saint Paul apôtre aux Corinthiens, chapitre 13 (cela vous permettra d’accompagner le chant)

J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour prend patience; l’amour rend service; l’amour ne jalouse pas; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil; il ne fait rien d’inconvenant; il ne cherche pas son intérêt; il ne s’emporte pas; il n’entretient pas de rancune; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée. En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé.
Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant. Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.
Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité.

Commentaire

Vous savez que ce texte est dangereux, qu’il peut être retourné comme un gant et suggérer les pires choses. Exemple : L’amour prend patience, alors j’accepte tout jusqu’à ne plus exister; L’amour rend service, alors on peut toujours me demander, je ne sais pas dire non; l’amour ne jalouse pas, alors je me sens humilié mais j’accepte tout, etc… On peut aller avec cela sur une pente très destructrice, puisque, vous le savez-bien, il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie ! Un homme, (incroyant, je suppose, puisqu’il ne connaissait pas ce texte) l’ayant entendu à l’occasion d’un mariage est allé trouver la personne qui l’avait lu pour lui dire : « Je voudrais bien votre texte, il est formidable ! Je vais le donner à ma femme ! » Vous voyez l’usage qu’il pouvait en faire pour peu qu’il soit dominateur.

C’est qu’il existe deux sortes d’amour : le premier qui dit : « Aime-moi Alfredo, aime-moi autant que je t’aime » et celui de Jésus qui dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il s’agit d’un amour fait pour circuler, pour se diffuser.  C’est L’amour de don qui embrasse toute personne, il n’en exclut aucune, pas même l’ennemi. 

Voici un petit texte tiré de l’encyclique de Benoît XVI « Caritas in veritate » : la charité est amour reçu et donné. Elle est « grâce » (cháris). Sa source est l’amour jaillissant du Père pour le Fils, dans l’Esprit Saint. C’est un amour qui, du Fils, descend sur nous. C’est un amour créateur, qui nous a donné l’existence ; c’est un amour rédempteur, qui nous a recréés. Un amour révélé et réalisé par le Christ (cf. Jn 13, 1) et « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5). Objets de l’amour de Dieu, les hommes sont constitués sujets de la charité, appelés à devenir eux-mêmes les instruments de la grâce, pour répandre la charité de Dieu et pour tisser des liens de charité.

3. Prions en Église

Dieu d’amour, source de toute charité; Jésus, qui conduis l’amour à la perfection de la croix; Esprit Saint, qui respires l’amour du Père et du fils; Trinité d’amour, nous vous rendons grâce pour votre amour créateur qui nous fonde, pour votre amour rédempteur qui nous recrée à l’image du Fils.
Venez habiter en nous, donner de la profondeur à nos sourires et de la beauté à nos gestes. Apprenez-nous comment nous devons aimer nous aussi d’un amour créateur qui fait vivre l’autre, d’un amour rédempteur qui permet à l’autre de se reconstruire dans le pardon. Trinité d’amour, viens aimer à travers nous afin que nous soyons les bénis du Père, ceux qui reçoivent en héritage la vie éternelle où l’Amour sera tout en tous.
Nous vous le demandons avec Marie, à Vous Trinité qui vivez et régnez pour les siècles sans fin. Amen.

4. Évangile

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc, chapitre 1

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.

Louange à Toi, Seigneur Jésus.

Commentaire

Marie se rendit « avec empressement » vers Élisabeth qu’elle salue. Un simple salut, mais pas si simple que cela puisqu’il est porteur de l’Esprit qui fait tressaillir l’enfant. Ce qui s’échange là est autre chose que superficiel : ça touche au ventre ! Comme dans certains échanges quand on est en vérité et qu’on livre quelque chose de soi. Élisabeth accueille, au-delà de Marie sa nièce, la « mère de son Sauveur ». On entend dans sa bouche quelque chose qui ressemble à ce que dira plus tard Jean Baptiste à Jésus : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Les convenances sont bousculées. Marie est la première qui a cru à l’accomplissement de la Parole. Sa foi en La Parole se dit en charité. Il y a là certainement à méditer : la foi en la Parole se dit en charité … et la charité éveille la foi d’Élisabeth et de Jean Baptiste. Le service du frère est fruit de la foi et nourrit la foi. L’amour embrasse toute personne parce qu’il vient de Dieu et nous fait communier avec Lui. Voilà pourquoi « Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité; mais la plus grande des trois, c’est la charité ». La vie éternelle est vie dans la charité de Dieu.

5. Psaume

Psaume 117

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! * Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël : Éternel est son amour ! +
Que le dise la maison d’Aaron : Éternel est son amour ! *
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur : Éternel est son amour !
Dans mon angoisse j’ai crié vers le Seigneur, et lui m’a exaucé, mis au large.
Le Seigneur est pour moi, je ne crains pas ; que pourrait un homme contre moi ?
Le Seigneur est avec moi pour me défendre, et moi, je braverai mes ennemis.
Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ; *s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les puissants !
Toutes les nations m’ont encerclé : au nom du Seigneur, je les détruis !
Elles m’ont cerné, encerclé : au nom du Seigneur, je les détruis !
Elles m’ont cerné comme des guêpes : + (- ce n’était qu’un feu de ronces -) * au nom du Seigneur, je les détruis !
On m’a poussé, bousculé pour m’abattre; mais le Seigneur m’a défendu.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur; il est pour moi le salut.
Clameurs de joie et de victoire * sous les tentes des justes : « Le bras du Seigneur est fort,
le bras du Seigneur se lève, * le bras du Seigneur est fort ! »
Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur :
il m’a frappé, le Seigneur, il m’a frappé, mais sans me livrer à la mort.
Ouvrez-moi les portes de justice : j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur.
« C’est ici la porte du Seigneur : qu’ils entrent, les justes ! »
Je te rends grâce car tu m’as exaucé : tu es pour moi le salut.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.
Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire !
Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! * De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !
Dieu, le Seigneur, nous illumine. Rameaux en main, formez vos cortèges jusqu’auprès de l’autel.
Tu es mon Dieu, je te rends grâce, * mon Dieu, je t’exalte !
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !

6. La charité dans la vérité

Un autre passage de « Caritas in veritate » qui donne à la charité une dimension « institutionnelle », « politique » :

Il faut ensuite prendre en grande considération le bien commun. Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela. À côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société : le bien commun. C’est le bien du ‘nous-tous’, constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale. Ce n’est pas un bien recherché pour lui-même, mais pour les personnes qui font partie de la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus efficacement à leur bien. C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. Œuvrer en vue du bien commun signifie d’une part, prendre soin et, d’autre part, se servir de l’ensemble des institutions qui structurent juridiquement, civilement, et culturellement la vie sociale qui prend ainsi la forme de la pólis, de la cité. On aime d’autant plus efficacement le prochain que l’on travaille davantage en faveur du bien commun qui répond également à ses besoins réels. Tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence au service de la pólis. C’est là la voie institutionnelle – politique peut-on dire aussi – de la charité, qui n’est pas moins qualifiée et déterminante que la charité qui est directement en rapport avec le prochain, hors des médiations institutionnelles de la cité.

Évoquons la mémoire de quelques-uns des actes de charité donnée ou reçue que nous avons vécus, pour en rendre grâce à Celui qui est la source.

Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage la vie éternelle préparée pour vous !

7. Notre Père

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À demain !

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