Jour 63 – 14° jour d’un chemin avec Marie

Troisième Mystère joyeux : la Nativité

Fruit du Mystère : l’esprit de pauvreté

Méditer sur Noël en mai ne va pas de soi, même si l’on comprend que faire advenir le Christ dans nos vies est l’affaire de tous le jours.

L’esprit de pauvreté nous parle sans doute davantage en cette période de récession, quand est dans l’air l’idée de décroissance, chère aux milieux écologistes ou simplement à certains sages. Est-ce ça, l’esprit de pauvreté, vouloir se contenter de peu, choisir de vivre sobrement, dans une pauvreté volontaire ?

1. Signe de croix

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen.

2. Silence

(Je me recueille en marquant un temps de silence où je me mets en présence de Dieu qui est présence.)

3. L’esprit de pauvreté

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Moi qui la croyais au dehors, elle s’est présentée au-dedans.

C’est bien sûr saint François d’Assise qui parle. Il n’y a que lui pour donner à la pauvreté des lettres de noblesse et, courtoisement, l’appeler Dame ! La joie éprouvée par cette rencontre, qu’on peut qualifier d’amoureuse, avec la Dame, fait penser à celle des personnages mis en scène par Jésus lui-même dans les fameuses Paraboles du Royaume :

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Caté : La parabole du Trésor et de la perle
Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines.
Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle.


Comme pour François, l’histoire se passe en trois temps : 1) Celui de la découverte, la rencontre amoureuse; 2) Celui de la joie suscitée par cette découverte/rencontre; 3) Celui du dépouillement que cela entraîne : en vue de posséder ce bien nouveau qui m’est donné (la perle, le trésor, la Dame), je suis prêt à perdre tout ce que j’avais avant, pour ne plus vivre que de ce qui fut la cause d’une si grande joie et m’a ouvert les portes d’un si grand bonheur, le Royaume des cieux.

François ajoute que le trésor trouvé (la perle, la Dame) est d’une grande générosité, abat les frontières et partage avec ceux qui ont faim; elle rend libre et fait voyager sur les ailes du vent; elle se donne et ne s’achète pas – car François ne raconte pas de parabole mais nous parle de son expérience personnelle. Écoutons d’autres témoignages :

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La part de l’homme, c’est le désir : on se dispose et Dieu se laisse toucher, et Dieu nous touche.

L’esprit de pauvreté grandit dans le cœur de l’homme lorsqu’il a rencontré l’amour de Dieu pour lui personnellement. Ayant reconnu cet amour du Christ pour lui, il essaie de découvrir par le cœur qui est le Christ, afin de lui correspondre de plus en plus, de répondre ainsi à cet amour si particulier.

Le détachement de soi-même et des biens extérieurs va de pair avec l’ouverture à Dieu et aux autres : plus je m’attache à Dieu, plus je me trouve comblé par cet amour, moins je m’accroche à mes propres richesses, y compris celles liées à mon caractère et à mon talent, y compris d’autres biens d’origine plus spirituelle.

Évangile selon Matthieu, chapitre 6 :

26 Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?
27 Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ?
28 Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. 
29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux.
30 Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?
31 Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?”
32 Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
33 Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.
34 Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine.

Avoir l’esprit de pauvreté est ainsi intimement lié au don de la foi et à la confiance en Dieu : n’est-Il pas l’auteur de mes jours ? Ne veut-Il pas pour moi le meilleur ? Ne suis-je pas son fils, sa fille bien-aimé(e) ? MAIS SI, bien sûr ! Alors, pourquoi m’inquiéter du lendemain, puisque j’ai la certitude, si je m’attache à sa Volonté, de tout recevoir et de ME recevoir de Lui ?

Contemplant aussi le don radical du Christ sur la croix, le croyant comprend que l’amour le conduit au même abandon. Cet abandon ne s’obtient pas par raisonnement humain, ou par la « force des poignets », mais uniquement par la grâce de Dieu, dans la réponse donnée jour après jour à l’appel du Christ sur lui-même.

Cela demande chaque jour un choix, un effort, pour ne pas se laisser rattraper par l’esprit de consommation généré par notre société, pour ne pas se laisser rattraper par l’esprit du « chacun pour soi »; c’est oser dire à Dieu : « Non pas ma volonté mais la tienne. » C’est oser regarder vers l’autre, c’est oser se laisser déranger par l’autre, non pas au nom d’une idéologie humaine, mais réellement dans l’amour de Dieu.

Un pauvre par l’esprit… un pauvre de cœur, c’est celui qui n’a rien, qui ne possède rien… qui attend tout des autres, qui a besoin des autres. Pour aimer il faut avoir besoin de l’autre. Être pauvre, c’est être dans un état de réceptivité… comme quelqu’un qui prend un bain de soleil… La pauvreté radicale arrache la personne à tout ce qui fait obstacle au don total de l’amour. Cette pauvreté est ouverture à l’envahissement… et ça fait peur… S’il fallait que Dieu m’envahisse, que les autres m’envahissent… Et pourtant, cette disposition conduit à la liberté intérieure. Le vrai pauvre n’est jamais aigri quand il tend la main.

Heureuses les personnes :
– dont le trésor n’est pas fait de choses;
– qui sont libres intérieurement et non emprisonnées dans leur avoir, libres pour aimer et servir;
– qui refusent de posséder « biens ou personnes » mais qui se laissent posséder et porter par l’amour (Voir le site des Sœurs des saints Cœurs de Jésus et Marie).

4. La Nativité et l’esprit de pauvreté

Pour vous, ce texte poétique de Marie Noël.

Lisez-le, écoutez-le ensuite, si vous en avez le temps; les deux ensemble, c’est bien aussi. Vous comprenez que la Morale dont il s’agit et qui est évoquée dans le titre, n’est pas celle d’un juge et d’un tribunal mais touche plutôt aux conséquences de nos comportements les plus ordinaires, lorsqu’ils oublient de s’offrir le luxe de la pauvreté, ce luxe qui est : le temps, la place, l’importance, donnés à l’autre, à ce qui arrive, à la nouveauté, à la Providence, …à Noël, chaque jour.

Noël et morale aux maisons sur la prudence

Les Maisons de Bethléem ont allumé leurs chandelles. La place de Bethléem mène grand bruit devant elles. Des gens, là, des haridelles, il en vient ! De gros seigneurs, d’autres sans cérémonie, il en vient de Béthanie, de Rama, d’Hébron, d’ailleurs.

Un aubergiste
« À ta broche, marmiton ! Vaurien, c’est le temps peut-être de bayer à la fenêtre ! Mets l’oie au feu… Le dindon, est-il plumé ?… Me l’a-t-on vidé, flambé ?… Qu’on m’épluche deux oignons, un ail, du thym… L’ail est sur le plat d’étain, à gauche, là, dans la huche. Vite ! Nous traitons ce soir le Recenseur de l’Empire, ses scribes, ses gens… Va voir si huit bancs vont nous suffire ou neuf pour les faire asseoir. Ne chichez pas la lumière sur la table… Ses amis descendent chez moi. J’ai mis le reste loger derrière. Tout est plein. Pour les valets, la paille dans l’écurie est assez bonne… Marie ! Fermerez-vous ces volets ! Ces gueux qui flairent, qui mangent, de là dehors, mes poulets et mes tourtes, me dérangent. Fermez la porte… Qui vient ?… Sont-ce nos hôtes ?… Non, rien. Ce n’est qu’un âne qui passe, un vieux, une femme lasse. »

Une femme
« Je cours -Bonsoir les voisins ! -Chez le rôtisseur. J’héberge cette nuit-ci trois cousins. L’autre descend à l’auberge. Mais c’est Simon que voici ?
-C’est moi ! L’oncle Adam, j’espère, se porte bien ?
-Dieu merci ! Vous le verrez. Le vieux père, Dame ! Il s’est bien rétréci.
-La petite ?
-Mariée.
-Déjà ? Seigneur, le temps fuit !
-Je suis bien contrariée si par hasard, cette nuit, juste à son terme, elle accouche. Pour mieux faire elle attendra. À peine -quel embarras! J’ai des parents que je couche -s’il me reste un ou deux draps. La sage-femme a du monde. J’entends qu’on se réjouit, de porte en porte à la ronde. Tous ceux qui sont du pays y rentrent pour qu’on les compte. L’un ou l’autre à chaque pas, on les rencontre… Là-bas, par la ruelle, qui monte ?… Des gens qu’on ne connaît pas. Ce n’est qu’un âne qui passe, un vieux, une femme lasse. »

Un bourgeois
« Marthe, ma fille, avez-vous à la nuit fermé la porte ? Mis la barre ? Les verrous ? Tout est clos ? C’est sûr ? N’importe, j’y retourne voir. Pour peu qu’un de ces gens sans aveu dont nous avons plein la ville, dans la maison se faufile, il y mettrait bien le feu. Serrez le bois, la javelle, la volaille. Ayez bien soin surtout d’enlever l’échelle devant le grenier à foin. C’est fait ? Laissez que je voie… Là derrière, à la lamproie, entendez ce train qu’ils font ! … Qui vient là?… Le chien aboie… Qui ? Pas grand’chose de bon. Qui ? … C’est un âne qui passe, un vieux, une femme lasse. »

Au bout des faubourgs là-bas, hors de ville, est la chaumine à tout le monde. Un bœuf las y dort -ou bien il rumine. Entre là qui veut. Les fous, Les rôdeurs, les rien qui vaille, les faiseurs de mauvais coups, par terre, ont usé la paille et laissé dedans leurs poux. Le vent de la nuit déserte y pénètre tout transi. La porte en est grande ouverte, les murs et le toit aussi.

Mais qui donc s’arrête ici, ce soir? … Une femme lasse, un vieux, un âne peureux… Il ne reste pas de place sous les autres toits pour eux. Pour loger à la froidure, ils ne sont guère exigeants. Ils n’ont pas belle figure, ils n’ont pas beaucoup d’argent; ils n’ont pas grande couverture. Mais ô ciel ! Quelle aventure ! Voici qu’en ce pauvre lieu, ces pauvres gens sur la dure, à minuit, ont couché Dieu. Dieu, le Roi des Cieux, qui passe Sa nuit sur la terre basse.

MORALE : maisons, apprenez ce soir à n’être pas tant prudentes, tant closes, au chemin noir. Vous en serez plus contentes. Dieu vient on ne sait pas d’où : la porte ouverte au filou qui cherche à remplir son ventre, peut-être qu’à pas de loup, un soir, c’est par là qu’Il entre. Maisons, toutes, apprenez à ne pas être tant pleines. Gardez pour Dieu nouveau-né qu’un pas obscur vous amène, gardez un vide, un endroit en vous derrière la fête, un peu de silence étroit pour que dedans Il s’arrête, au lieu de passer tout droit. Gardez un petit espace, Ô maisons, pour Dieu qui passe.

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5. Notre Père

Par cette prière à son Père, c’est ce même esprit de pauvreté que Jésus nous enseigne :

Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du Mal.

Amen.

6. Prions

Marie, toi qui acceptas de recevoir chacun des événements de ta vie de la Main du Seigneur, donne-nous de prendre part à cet esprit de pauvreté par lequel, grâce à toi, le Salut entra dans le monde. Que nos réponses de chaque jour permettent à la justice du Royaume de planter ses racines en nos vies.

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À demain !

1 commentaire

  1. Saint François d’Assise nous interpelle aujourd’hui, il était pauvre et avait un coeur de pauvre.
    Il a tout donné pour mieux tout recevoir du Christ.
    On dit de lui : Saint François ne priait pas, il était prière”
    Il portait le monde par sa radicalité
    Je trouve merveilleux le détachement qu’il avait de toutes choses aussi bien terrestres que spirituelles.
    Ce qui comptait pour lui c’était le coeur à coeur

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