Jour 24 : Samedi Saint

Le Samedi Saint : un jour comme suspendu dans notre semaine sainte.

Un jour comme entre parenthèses, un jour de silence, un jour d’attente.

Ah, mais nous savons si mal attendre !

Alors, sans doute savons-nous mal vivre réellement le Samedi Saint. On pourrait avoir envie de « l’annuler », pour ainsi dire, avec le désir de passer au plus vite au saint Jour de Pâques, qui commence d’ailleurs dès le soir du samedi saint. Il dure donc bien peu de temps, ce samedi entre la mort et la résurrection.

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Vivre le Samedi Saint avec Marie

Il dure peu de temps, on sait assez mal le vivre, mais il est bien là, ce Samedi Saint; il nous est offert pour attendre. Attendre, c’est-à-dire creuser le désir. C’est accepter que tout ne vienne pas tout de suite. C’est laisser du temps pour faire confiance, car si une promesse se vérifie sans jamais attendre, il n’y a plus d’espace pour la confiance. Attendre, c’est aussi reconnaître les rythmes nécessaires, les rythmes qui font la vie : rythme des saisons, si précieux pour faire porter du fruit; rythme de l’existence aussi, avec la vie et la mort, avec la mort et l’éternité.

Saint Grégoire le Grand dira de sainte Marie Madeleine présente dans le jardin du matin de Pâques et découvrant Jésus ressuscité après l’avoir longtemps cherché : « Ce qui s’est produit, c’est que ses désirs ont grandi à cause de son attente, et en grandissant ils ont pu saisir ce qu’ils avaient trouvé. Car l’attente fait grandir les saints désirs. Si l’attente les fait tomber, ce n’était pas de vrais désirs ».

Le Samedi Saint nous est ainsi donné pour choisir nos désirs, pour reconnaître les vrais désirs et renoncer à ceux qui ne conduisent pas à la joie pascale. Le samedi saint est donc indispensable à une véritable vie chrétienne de chaque jour.

I – Préfigurations du Samedi Saint

Pour accueillir le Samedi Saint comme le jour d’une sainte attente, il est sans doute nécessaire d’abord de revenir à ce qu’était le samedi, le Sabbat, dans la tradition juive. Le livre de l’Exode dit avec force : « Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu » (Exode 20, 8-11).

Il est ici question d’une œuvre réalisée pendant 6 jours (« tu feras tout ton ouvrage »), et d’un 7e jour, jour de repos. Ainsi, dans la Passion du Christ : une fois descendu de croix, n’a-t-Il pas effectivement réalisé « tout son ouvrage » ? Ses dernières paroles nous l’ont bien dit : « Tout est accompli ». Il a mené à bien son œuvre d’offrande, sa vie donnée, sa mission de Nouvel Adam.

Comme dans l’œuvre première de création, il est donc bien légitime que le Seigneur se repose maintenant, le samedi, après l’œuvre plus merveilleuse que la création qu’a été celle de la rédemption, la re-création.

Mais ce repos du Christ après avoir accompli « tout son ouvrage » n’est pas un simple sommeil dans la mort. Il est une suspension, une interrogation sur ce qui va advenir ensuite.

II – Un jour souterrain

Le jour du Sabbat est donc un jour témoignant de l’alliance, jour-signe entre Dieu et le peuple qui lui appartient : mais cela est-il encore possible après le drame de la Passion ? Le samedi saint, l’alliance est comme suspendue, le Sabbat est comme remis en cause : que va-t-il se passer maintenant ?

Dieu va-t-il décider de rompre son alliance avec l’humanité ? Il aurait de quoi, après tout : nous avons tué son propre Fils ! Toute la création est donc comme en suspension pour connaître son sort… Quelle sera la suite ? Le Père va-t-il se détourner de l’humanité, qui n’a pas accueilli son Fils bien-aimé et l’a fait taire en le tuant sur la croix ?

Le samedi saint devient ainsi le jour charnière, jour d’attente pour savoir si Dieu va faire miséricorde ou jeter l’éponge, renonçant à sauver cette humanité ingrate.

Mais cette attente n’est pas fébrile, car elle s’appuie sur une promesse, celle du grain de blé. Le Christ nous avait dit qu’il devait tomber en terre pour porter du fruit. Alors, l’attente du samedi saint est pleine de confiance, car nous savons y voir ce moment de la mise en terre, comme une germination du grain, invisible mais réellement à l’œuvre.

Le samedi saint est donc un jour « souterrain », pourrait-on dire.

Et ainsi, il est un résumé de toute notre condition présente : nous sommes dans l’attente de l’accomplissement de toute chose, quand Dieu sera tout en tous. Pour le moment, nous sommes dans cette phase de l’existence qui est grandement souterraine : la victoire du Christ sur le mal et sur la mort, nous y croyons vraiment, nous la savons, nous la goûtons assurément, mais souvent de manière souterraine, invisible aux yeux du monde.

Viendra le jour de la mise en lumière ; mais nous sommes pour l’instant dans cette période de l’histoire où le Royaume reste caché. Et sans doute nous faut-il davantage l’accepter, plutôt que de nous plaindre en permanence de ne pas être déjà dans la béatitude éternelle.

Et ainsi, le samedi saint, quand Jésus demeure en terre, porte tout le poids de la douleur de la mort. Souvent lors des funérailles, le moment de la mise au tombeau est le plus douloureux : la réalité du départ, de l’absence, nous apparaît alors dans toute sa radicalité : c’est FINI.

Mais nous, chrétiens, pensons alors au Samedi Saint : nos corps ne descendent pas pour être étouffés par la terre qui va les recouvrir, puisque le Christ est descendu dans la mort pour en faire le lieu de la germination du grain. Par la mise en terre – et de manière moins signifiante mais tout aussi réelle, lors de la crémation – nous reconnaissons que se passe l’ouverture du grain à la vie féconde.

III – Une attente active

Ainsi, l’attente du samedi saint n’est pas passive. Elle est une attente pour réveiller. Un Père de l’Église, saint Épiphane, dans une splendide homélie sur le Samedi saint, exprimait la réalité de ce jour par un apparent paradoxe : « Dieu s’est endormi dans la chair […], il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles ». Étonnant renversement : le sommeil du Christ dans la mort réveille ceux qui dormaient dans la mort.

Le Samedi Saint est donc un jour d’attente, mais aussi de prise de décision : la décision de sortir de notre sommeil, de nos tombeaux, de nos morts. Le Christ vient nous libérer, mais nous, le voulons-nous vraiment ? C’est toute la question de notre vie qui est ici posée, c’est tout l’esclavage du péché qui est ici interpellé. Nous n’attendons pas la vie éternelle sans rien faire; nous attendons en nous décidant à sortir avec le Christ de tout ce qui nous retient dans la mort.  

IV – Vivre le Samedi Saint avec Marie

Car le Samedi Saint est particulièrement un jour à vivre avec Marie. C’est d’ailleurs en raison du Samedi Saint que nous honorons la Vierge chaque samedi. Elle est comme l’aurore avant le jour, elle annonce la venue du Soleil. Chaque samedi, quand nous prions la Vierge Marie, nous devrions faire mémoire de l’ambiance du Samedi Saint, celle d’une attente pleine de confiance.

D’abord, nous pouvons penser combien Marie a dû attendre dans un profond recueillement, au jour du Samedi Saint : après le drame de la mort de son fils, qu’elle a reçu entre ses bras et déposé au tombeau, Marie s’est retirée. Certainement, elle est restée dans le silence, comme elle l’avait été dès les débuts de la vie terrestre du Sauveur : « Marie retenait tous ces événements dans son cœur ». À plus forte raison, le Samedi Saint, Marie devait retenir et offrir tout ce qu’elle venait de vivre. Ce « glaive qui lui transpercerait le cœur », comme l’avait annoncé Syméon, l’avait percée au plus profond.

Blessure et attente confiante habitaient Marie en ce jour de deuil, et sans doute est-il précieux pour nous d’invoquer Marie, la Vierge du Samedi Saint, quand nous sommes dans le deuil, balancés entre la blessure douloureuse de la séparation et l’espérance confiante que la mort n’est pas le point final de l’existence.

Sainte Thérèse-Bénédicte de la croix, Édith Stein, nous offre ainsi les mots de conclusion de cette méditation, par sa douce prière à la Vierge de toute confiance :

Marie, Ton Samedi Saint, comment le penser autrement que dans le silence parfait ?

Une fois le tombeau fermé, saint Jean t’a conduite dans la maison où lui-même trouvait l’hospitalité à Jérusalem. Cela s’est passé probablement dans le silence. Le respect devant ta souffrance a dû les garder tous muets. […] Il fallait qu’une fois, les larmes trouvent leur compte. Si le Seigneur avait pleuré sur la mort de Lazare, ne devais-tu pas, toi aussi, pleurer, après tout ce qui était arrivé ?

[…] Ce que le Sauveur allait expliquer aux disciples sur le chemin d’Emmaüs, tu te l’es dit toi-même : « ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » Ainsi, ta souffrance se change en action de grâce pour le « tout est accompli », et en attente silencieuse, croyante, du matin de Pâques. Le troisième jour, il ressuscitera.

Dans le silence confiant de cette journée, nous nous disons :

À demain

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