Jour 43 : 10° jour de « Laudato Si »

Heureux celui qui se sait responsable de la Maison commune et préserve la nature

Depuis que nous avons entrepris ce parcours à travers l’encyclique, nos commentaires nous ont souvent conduits au jardin, si accueillant, de la Genèse. Hier, vous parlant du travail, j’évoquais le rôle de gardien pour décrire la fonction de l’homme placé par Dieu au cœur et au sommet de la Création. Jardinier, gardien, collaborateur… des mots pour mieux décrire avec quelle bienveillance l’homme doit appréhender cette Vie en perpétuel devenir et la conduire vers un progrès toujours plus admirable.

La louange de François d’Assise dans le Cantique des créatures rejoint le contentement de Dieu devant la Création : oui, tout cela est BON !

Si l’encyclique préfère au mot « jardin » l’expression de « maison commune », comme dans le titre d’aujourd’hui, c’est à la fois pour nous rappeler que le temps a passé, depuis le 6è jour où l’homme trouva sa place, laissant à son esprit le temps de s’exprimer par des progrès qui lui furent propres et firent de lui un ingénieur, mais c’est surtout parce que le mot maison qu’utilise le Pape, a la même racine grecque que d’autres mots liés au contenu de son texte : l’éco-nomie, l’éco-logie. « Oikos » (éco-) désigne la maison, dont il faut comprendre les lois (nomos) pour en faire bon usage –c’est le rôle de l’économie, ou dont il faut saisir le langage plus profond, ce qu’on appelle le logos, si cher à la philosophie ou encore à saint Jean –c’est l’apport de l’écologie, dans son principe.

1. Signe de croix

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

2. Silence

– Je regarde en silence ce tableau très connu. Au loin, le clocher de l’église sonne l’Angélus. Dans les champs, au travail, le temps est suspendu, l’instant d’une communion des âmes, penchées sur la terre nourricière. Au centre du tableau, un reste de récolte pour laquelle on veut rendre grâces. Époque révolue d’une vie passée au rythme des saisons et des travaux des jours. Accueillons ce moment de pause, silencieuse et sacrée. Que nous dit-il de notre vie présente ?

L’Angélus, Jean-François MILLET, 1857-1859.

– J’écoute cet Angélus et je le laisse sonner en moi. Il ne s’agit pas de celui d’Avioth, ce sera pour une autre fois ! Celui-ci nous provient du Tarn, histoire de voyager un peu et de déconfiner nos rêves…

L’angélus, l’appel à la prière qui rythme les campagnes…

3. Psaume

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La communauté Chant Nouveau appartient à la famille salésienne. Elle cherche à évangéliser par le chant et les médias.

Se savent-ils responsables, ces jeunes, qui passent leur temps à chanter des psaumes, smartphones en mains, en guise de partitions ? N’y a-t-il pas rupture entre ce qu’ils renvoient d’eux-mêmes, confinés en studio, sonorisés par des amplis, vêtus au goût du jour, et les propos qu’ils tiennent ? Semailles, terre qui s’abreuve, sillons creusés… Comment leurs vies, celles de tous les jeunes, s’accordent-elles avec cette idée de « sauvegarde de la maison commune » ?

Volontairement, la question est provocatrice. D’abord, parce que ces jeunes, précisément, ont choisi de s’intéresser à leur patrimoine religieux et se le sont approprié. Ils ne sont pas de ceux qui piétinent l’or des traditions et tournent le dos au passé, faisant comme on dit « table rase ». Ensuite, parce qu’ils se montrent courageux et osent : le chant, la beauté, la douceur, là où d’autres ont cherché le bruit, la froideur, la violence; l’unisson, l’amitié, la sincérité, là où leur âge appelle l’excès, l’artifice, la moquerie. Et puis, l’amour de Dieu. Ces jeunes sont bien « les instruments » du monde apaisé de demain.

On peut dire qu’ils sont « responsables » et leur réponse, la voici : louer Dieu en chantant les psaumes !

4. Lecture de l’encyclique

VI. LA FAIBLESSE DES RÉACTIONS

53. (…) Nous n’avons jamais autant maltraité ni fait de mal à notre maison commune qu’en ces deux derniers siècles. Mais nous sommes appelés à être les instruments de Dieu le Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant, et pour qu’elle réponde à son projet de paix, de beauté et de plénitude. Le problème est que nous n’avons pas encore la culture nécessaire pour faire face à cette crise ; et il faut construire des leaderships qui tracent des chemins, en cherchant à répondre aux besoins des générations actuelles comme en incluant tout le monde, sans nuire aux générations futures. Il devient indispensable de créer un système normatif qui implique des limites infranchissables et assure la protection des écosystèmes, avant que les nouvelles formes de pouvoir dérivées du paradigme techno-économique ne finissent par raser non seulement la politique mais aussi la liberté et la justice.

54. La faiblesse de la réaction politique internationale est frappante. La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des Sommets mondiaux sur l’environnement. Il y a trop d’intérêts particuliers, et très facilement l’intérêt économique arrive à prévaloir sur le bien commun et à manipuler l’information pour ne pas voir affectés ses projets. En ce sens, le Document d’Aparecida réclame que « dans les interventions sur les ressources naturelles ne prédominent pas les intérêts des groupes économiques qui ravagent déraisonnablement les sources de la vie ». L’alliance entre l’économie et la technologie finit par laisser de côté ce qui ne fait pas partie de leurs intérêts immédiats. Ainsi, on peut seulement s’attendre à quelques déclarations superficielles, quelques actions philanthropiques isolées, voire des efforts pour montrer une sensibilité envers l’environnement, quand, en réalité, toute tentative des organisations sociales pour modifier les choses sera vue comme une gêne provoquée par des utopistes romantiques ou comme un obstacle à contourner.

55. Peu à peu certains pays peuvent enregistrer des progrès importants, le développement de contrôles plus efficaces et une lutte plus sincère contre la corruption. Il y a plus de sensibilité écologique de la part des populations, bien que cela ne suffise pas pour modifier les habitudes nuisibles de consommation, qui ne semblent pas céder mais s’amplifient et se développent. C’est ce qui arrive, pour donner seulement un exemple simple, avec l’augmentation croissante de l’utilisation et de l’intensité des climatiseurs. Les marchés, en cherchant un gain immédiat, stimulent encore plus la demande. Si quelqu’un observait de l’extérieur la société planétaire, il s’étonnerait face à un tel comportement qui semble parfois suicidaire.

5. Enracinement

Lecture de l’évangile selon saint Matthieu (Mt 5, 17-19)

17 « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.

18 Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.

19 Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »

Commentaire

Il est intéressant de constater que le mot grec utilisé ici pour désigner la Loi dont Jésus parle, la loi juive de Moïse, est le même nomos que celui évoqué plus haut.

Jésus n’abolit rien de ce qui fonde le monde et les efforts de l’homme pour le discipliner.

Bien plus, cet accomplissement de la Loi, qu’il affirme être venu faire, Jésus le lie à l’achèvement du temps dans la Création. Avant que le ciel et la terre disparaissent… En cela, on peut dire qu’il parle en prophète, pointant, pour un public qui ne pourrait comprendre, le lien inébranlable entre respect des lois et salut planétaire. Nous savons aujourd’hui qu’il y a une véritable urgence à bien se comporter.

On sait de ces « états voyous », qu’ils vivent leur vie au mépris des lois internationales les plus élémentaires. On sait qu’à notre tour, nous sommes chacun un peu voyou, méprisant à notre mesure l’un ou l’autre commandement.

Oui, Jésus déjà affirmait que tout était lié. Deux chapitres plus loin, Matthieu lui fera dire : « Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » (Mt 18, 18)

En cela, il nous instaurait responsables. Heureux celui qui se sait responsable de la maison commune, c’est-à-dire de la terre…

Responsable, celui qui :

– peut répondre de ses actes : devant un tribunal, comme l’a suggéré ce nomos, recommandations de Dieu pour les hommes; lois des hommes pour bien vivre ensemble.
Or, voici : « Celui qui me rejette et qui ne reçoit pas mes paroles a son juge; la parole que j’ai annoncée, c’est elle qui le jugera au dernier jour. » (Jn 12, 48)

– peut répondre par ses actes : et ce sont ces jeunes qui chantent les psaumes, et ces écoles qui s’organisent contre le gaspillage, et ces fermes pédagogiques, et ces groupements d’achats locaux, et ces accueils du pauvre… Tout ce qui se lie parmi les hommes et qui resserre l’éco-nomie, le ciment de la maison terre.

– peut répondre, parce qu’il a entendu : l’éternel appel du logos, puissant appel de Dieu au respect de la Vie. Et, de ce fait, pratique l’éco-logie, en ce qu’elle a d’évident et de plus naturel. Il saura rendre grâces et louer Dieu à tout instant. Comme ces priants de l’Angélus. Il pourra faire Eucharistie.

Savez-vous ce qu’est un responsorial ? En liturgie, ce mot s’applique à un psaume qui demande une réponse, chantée ou non, de l’assemblée. La liturgie, toujours, fait œuvre collective.

Eh bien, notre Maison commune attend notre réponse au Poème de la création, ce grand chant de Notre Seigneur ! Risquerons-nous le mode louange ?

6. Louange à Notre Père

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À demain !

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