Jour 55 – 7° jour d’un chemin avec Marie

1er Mystère lumineux : Le Baptême de Jésus au Jourdain (Mt 3.13-17)

Fruit du mystère : l’état de grâce.

Le mot grâce est abstrait. On pourrait le traduire par « cadeau », mais je crois que c’est plus justement le cadeau de la présence de Dieu à nos côtés. Cette présence est difficile à sentir. On peut même ne pas la sentir du tout. Les mystiques parlent de « la nuit des sens ». Dans une société où le ressenti est souvent critère de vérité, c’est une réelle épreuve. Elle fait partie du combat spirituel.

Nous pouvons percevoir la présence de Dieu à nos côtés dans la présence des gens qu’on aime ! La première des grâces, c’est donc la présence de Dieu en nous. Son fruit c’est la qualité de la relation à l’autre, à tout autre et pas seulement les gens qu’on aime. C’est le plus important de la vie chrétienne. Si Dieu choisit, tout fait gratuitement, de faire de l’homme sa maison, c’est le « moi-relationnel » qui est le lieu de sa présence.

Présence à l’autre dans la distanciation sociale, ne pas percevoir l’autre d’abord comme un potentiel danger, ces « défis » que notre temps va nous inviter à relever ne sont peut-être pas si loin de « l’état de grâce ».

1. Signe de croix

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

2. Silence

(Faisons silence pour nous tourner vers cette Présence gratuitement déposée en nous.)

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3. Prions avec l’Église

Dieu, qui nous recrées pour la vie éternelle dans la résurrection du Christ, fortifie la foi et l’espérance de ton peuple : ne laisse pas le doute entamer notre confiance en ta présence d’alliance en nous et entre nous. Par Jésus-Christ, Ton Fils, Notre Seigneur – Amen.

4. Psaume

Psaume 62

Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau.
Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire.
Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres !
Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom.
Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.
Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler.
Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes.
Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient.
[Mais ceux qui pourchassent mon âme, qu’ils descendent aux profondeurs de la terre,
qu’on les passe au fil de l’épée, qu’ils deviennent la pâture des loups !
Et le roi se réjouira de son Dieu. Qui jure par lui en sera glorifié, tandis que l’homme de mensonge aura la bouche close !

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient pour les siècles des siècles. Amen.

5. Évangile

Évangile selon Saint Matthieu (3, 13–17)

13 Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui.
14 Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
15 Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire.
16 Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
17 Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »

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Commentaire

Icône du baptême de Jésus, que l’on pourrait appeler aussi « icône de la grâce de Dieu », c’est-à-dire icône de sa présence grâcieuse, gratuite. « Icône du don gratuit de sa présence. »

Le fond du tableau se décompose en 3 espaces qui se rejoignent en haut. D’un côté, Jean Baptiste et le monde ancien. De l’autre, des anges : le monde spirituel, le Royaume, la terre promise. Ces deux mondes sont séparés par la couleur nuit. Ce peut-être, le monde du péché, le monde de la mort, comme un rappel de la mer Rouge qui séparait le monde de l’esclavage de celui de la liberté. Et, à cet endroit, bien précisément, Jésus, homme aux couleurs de la terre, vêtu comme il le sera sur la croix, plus frêle que les autres personnages, plus bas aussi, le regard descendant encore plus bas dans des profondeurs que nous ne pouvons imaginer. Toutes les têtes sont penchées comme en adoration. Mais qui adorent-ils ?

Juste au-dessus de Jésus, le ciel de Dieu, avec une touche de bleu royal : la Présence du Père, dont le texte nous dira qu’il est une voix, une Parole qui désigne Celui en qui elle s’est fait chair. Et pour les relier, la colombe de l’esprit. La Présence trinitaire dans la personne très concrète du Fils plongé dans nos turpitudes humaines. Et déjà, les autres personnages rayonnent, par leur auréole, de cette présence trinitaire qui prendra toute sa dimension dans le mystère pascal dont l’auréole de Jésus est déjà marquée.

Cela veut dire que « c’est pour rien » que Dieu nous aime. Vous n’aimez pas vos enfants pour qu’ils prennent soin de vous plus tard, quand vous serez vieux. Vous les aimez pour rien, parce qu’ils sont là et que leur existence justifie la vôtre. Je pense que l’amour de Dieu est du même ordre, sans condition. La meilleure preuve, c’est qu’il choisit d’être du côté des coupables pour que tous les coupables puissent croire que l’amour de Dieu pour les coupables est sans condition. On parle alors de sa miséricorde. Pour nous, être en état de grâce, c’est nous recevoir de cette miséricorde, c’est de « faire corps » avec ce Jésus dont la Voix proclame qu’Il est Son Fils. À chaque eucharistie, nous le disons : « Je ne suis pas digne », mais ce n’est pas une question de dignité que d’être fils dans le Fils, c’est le fruit de la grâce. Et cette grâce qui nous est donnée nous rend « grâcieux » dans nos relations avec les autres, c’est-à-dire « capables de cet amour gratuit que Dieu vit en nous.

Voilà ce que nos relations pourront exprimer derrière nos masques et nos visières ! Parce que notre liberté, c’est de mettre en œuvre ou pas ce cadeau que nous avons reçu, et d’en faire ou pas quelque chose. Il ne faut pas opposer la grâce et la liberté, ce serait comme opposer l’amour et la liberté. Plus nous sommes dans la présence de Dieu, plus nous sommes libres. Plus nous sommes dans la grâce, plus nous sommes nous-mêmes.

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Jésus le Christ, lumière intérieure, donne-moi d’accueillir ton amour !

Concrètement – quelques visages d’actions de la grâce perçus pendant ce confinement. Vous en avez perçu vous aussi dont vous pouvez faire « action de grâce. »

-Ruth Wolff-Bonsirven, 59 ans, pasteure luthérienne, Bischheim (Alsace)

« Comme beaucoup d’Alsaciens, j’ai été infectée par le Covid-19. Pendant trois semaines, je suis restée au lit, sans aucune force, et j’ai aussi été hospitalisée. Alors que je suis habituée, comme inspectrice ecclésiastique (équivalent de l’évêque chez les protestants luthériens, NDLR), à être dans une position de « leader », cette maladie a été pour moi une expérience d’humilité. J’ai dû accepter de me laisser porter à mon tour, en m’appuyant complètement sur les autres. J’en suis heureuse et reconnaissante, car tout s’est bien passé en mon absence : les uns et les autres n’avaient pas besoin de moi pour développer de belles choses ! Cela m’invite à redécouvrir toujours plus, dans la vie de notre église, l’intelligence collective. »

-Ariane Ascaride, 65 ans, actrice

« Je retiens de cette période le mot “solidarité”. Avant, quand je l’employais, on me regardait avec un petit sourire, comme si c’était un mot dont on n’avait plus l’usage. Désormais, il revient partout. J’ai aussi beaucoup aimé les sons de Paris durant le confinement. C’était juste plus humain. J’aimerais que l’on reste dans un moment collectif, qu’on n’en revienne pas à quelque chose d’individualiste. Je suis inquiète de la fracture sociale. Dans le monde de la culture, beaucoup de gens resteront sur le carreau. Comment va-t-on vivre sans tous ces artistes qui nous font penser, rire, être émus, qui excitent notre curiosité ? Sans nous, vous n’aurez pas beaucoup de joie, ni de réflexion… On est indispensable à la vie de la cité. »

-Jacob Lebel, 23 ans, militant écologiste et fermier dans l’Oregon (États-Unis)

« Je vis sur la ferme familiale, et dans un État, l’Oregon, peu touché. À l’échelle globale, j’ai l’impression que nous vivons un grand exercice sur la prise de conscience d’autrui. Quand on va en ville faire ses courses, il faut être conscient de nos corps, de nos mouvements, de soi-même et des autres, des relations avec son environnement. La situation a tout d’un entraînement dans la perspective du dérèglement climatique. Est-ce qu’on se terre devant la télé pour ignorer le problème, ou bien utilise-t-on ce moment comme une chance de transformation ? Incorporer cette mentalité dans notre quotidien change notre rapport à la consommation de CO2, au climat et à la société. »

6. Notre Père

Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du Mal.

Amen.

7. Envoi

Et maintenant

Rendre grâce, c’est reconnaître en Dieu l’origine de tout ce qui est bon. « Vraiment, il est juste et bon de te rendre grâce … » un des premiers mots de la prière eucharistique, de ce que nous appelons « préface ». L’Eucharistie, c’est-à-dire l’action de grâce, c’est le sacrement central de la vie chrétienne. Vivre dans l’action de grâce nous donne aisance, légèreté : nous devenons gracieux à tous les sens du mot. Rendre grâce par la prière; rendre grâce par sa vie.

Et cela ne dépend ni de l’âge ni de la beauté physique. Nous partageons alors la joie d’exercer nous aussi la bienveillance divine, qui est universelle. La joie de celle à qui il est dit « réjouis-toi » parce qu’elle est «pleine de grâce», pleine du Christ, car «la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ».

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À demain !

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